
Vous avez lancé votre SASU, vous jonglez déjà entre clients, compta, prospection… et quelqu’un vous parle d’« assurance RC pro ». Encore une dépense ? Ou une vraie protection pour votre activité ? Si vous travaillez dans l’auto, le transport, le conseil, le digital ou tout autre service, la question n’est pas anodine : une simple erreur peut vous coûter beaucoup plus cher qu’une prime annuelle.
RC pro SASU : de quoi parle-t-on exactement ?
La RC pro (responsabilité civile professionnelle) protège votre SASU si, dans le cadre de votre activité, vous causez un dommage à un client, à un fournisseur ou à un tiers :
- un dommage matériel (vous abîmez un véhicule, un ordinateur, un local…)
- un dommage corporel (blessure, accident…)
- un dommage immatériel (perte financière, retard, erreur de conseil, données perdues…)
Concrètement, si quelqu’un vous réclame de l’argent parce qu’il estime que c’est votre faute, c’est votre RC pro qui prend le relais (dans les limites prévues au contrat), au lieu que votre compte pro – ou votre poche – soit directement ponctionnée.
Et pour une SASU, c’est d’autant plus important : même si la responsabilité est en principe limitée aux apports, en pratique, un gros sinistre peut mettre votre entreprise à genoux. Et là, c’est tout votre projet qui part en fumée.
RC pro et SASU : est-ce obligatoire ?
La réponse classique d’assureur : « ça dépend ». Mais on va être clair :
Pour certains secteurs, la RC pro est légalement OBLIGATOIRE, par exemple :
- professions réglementées (avocats, experts-comptables, agents immobiliers, certains métiers du bâtiment…)
- professions de santé
- transport de personnes ou de marchandises (VTC, taxi, transporteur, auto-école…)
Si votre SASU est dans un de ces domaines, pas le choix : pas de RC pro = pas de droit d’exercer, ou pas de contrat sérieux avec des clients.
Pour les autres activités (consulting, freelance IT, graphisme, e-commerce, prestations de services diverses…), la RC pro n’est pas forcément imposée par la loi, mais dans les faits :
- de plus en plus de clients (grandes entreprises notamment) l’exigent dans les contrats
- certaines plateformes de mise en relation la demandent aussi
- c’est souvent une condition pour travailler avec des collectivités, des grands comptes ou des franchisés
Vous travaillez dans l’auto, la moto, le transport, ou vous touchez de près ou de loin à des véhicules ? Là encore, ne pas être assuré est juste… suicidaire.
Que couvre vraiment une assurance RC pro pour une SASU ?
Chaque contrat a ses spécificités, mais une bonne RC pro SASU couvre en général :
1. Les dommages corporels
- Vous faites visiter un entrepôt à un client, il glisse sur un sol mouillé, se fracture la jambe : il peut vous demander réparation.
- Vous êtes préparateur auto, un client se blesse dans votre atelier en trébuchant sur un outil.
2. Les dommages matériels
- Vous rayez la voiture d’un client en la déplaçant.
- Vous faites tomber le PC portable d’un client pendant une intervention.
3. Les dommages immatériels
- Un retard dans votre prestation fait perdre un gros contrat à votre client.
- Vous donnez un mauvais conseil qui entraîne une perte financière.
- Vous effacez par erreur les données d’un client (fichier client, site web, progiciel…).
4. Les frais de défense
- honoraires d’avocat
- frais d’expertise
- procédures judiciaires
Même si au final vous êtes reconnu non responsable, la défense coûte cher. La RC pro prend en charge ces frais, et ça change tout.
Et ce que la RC pro ne couvre PAS
Il y a aussi des limites et exclusions. Typiquement, une RC pro SASU ne couvre pas :
- vos propres dommages (c’est une assurance pour les tiers, pas pour vous-même)
- les amendes, pénalités, sanctions pénales
- les dommages causés intentionnellement
- certains risques spécifiques si vous ne les avez pas déclarés (cyber, gros travaux, certaines activités annexes…)
Important aussi : la RC pro n’est pas une assurance auto. Si vous utilisez un véhicule dans le cadre de votre activité (livraison, transport, visite de clients), il vous faut une assurance auto professionnelle en plus. L’assurance auto perso ne suffit pas si vous roulez pour votre SASU, surtout en cas d’accident responsable.
Quelques exemples concrets en SASU
Parce que rien ne vaut le concret, voici des situations qu’on voit souvent remonter chez les pros :
- Consultant indépendant en SASU : après un audit d’organisation, vos recommandations conduisent à un changement de process. Le client estime que vos conseils ont directement entraîné une chute de sa rentabilité et vous réclame des dommages et intérêts.
- Photographe auto en SASU : lors d’un shooting, vous déplacez un véhicule de collection. Un mauvais coup de volant, un poteau… et une aile arrière défoncée. La note peut être salée.
- Préparateur / detailer auto : un produit mal adapté, une erreur d’application, et la peinture d’une voiture haut de gamme est abîmée. Le client réclame une remise en état complète.
- Développeur web en SASU : une faille sur un site e-commerce mal anticipée, des données clients exposées, et le client se retourne contre vous pour le préjudice commercial et d’image.
Dans tous ces cas, une RC pro calibrée pour votre activité fait la différence entre un gros stress (mais gérable) et un dépôt de bilan forcé.
Comment choisir une RC pro adaptée à une SASU ?
Pas besoin de devenir juriste, mais il y a quelques points clés à regarder avant de signer :
1. L’activité déclarée
Votre contrat doit coller exactement à ce que vous faites :
- type d’activité (conseil, service, technique, transport, préparation auto, négoce…)
- zone géographique (France, Europe, monde)
- montant de votre chiffre d’affaires prévisionnel
Si vous faites évoluer votre activité (ex : vous ajoutez de la formation, de l’import-export, du transport), pensez à le signaler à l’assureur. Une activité non déclarée peut être… non couverte.
2. Les plafonds de garantie
C’est le montant maximum que l’assureur paiera par sinistre ou par année. Plus vos clients manipulent de gros montants, plus ces plafonds doivent être élevés. Pour une SASU qui travaille avec :
- des particuliers : des plafonds moyens peuvent suffire
- des grands comptes / collectivités : visez plus haut (au risque que ce soit imposé dans les contrats)
3. Les franchises
C’est la part qui reste à votre charge en cas de sinistre. Une franchise plus haute = prime souvent plus basse, mais vous payez davantage si un sinistre survient. À ajuster selon votre trésorerie.
4. Les options utiles
- protection juridique : très utile pour une SASU seule face à un client de mauvaise foi
- garantie défense-recours : pour être accompagné en cas de conflit
- cyber-risque : si votre activité est très numérique
- perte d’exploitation : en cas d’arrêt forcé suite à un sinistre matériel couvert (incendie, dégât des eaux, etc.)
5. Le mode de gestion des sinistres
Posez des questions claires :
- Quel est le délai moyen de prise en charge ?
- Y a-t-il un interlocuteur dédié pour les pros ?
- Comment se fait la déclaration (en ligne, appli, téléphone) ?
On ne s’en soucie jamais au début… jusqu’au jour où on en a vraiment besoin.
Combien coûte une RC pro pour une SASU ?
Les tarifs varient beaucoup selon :
- votre secteur d’activité
- votre chiffre d’affaires
- vos garanties choisies
- votre historique (sinistres ou non)
À titre indicatif, pour une SASU de services sans gros risques matériels, les premières offres sérieuses démarrent souvent à quelques centaines d’euros par an. Pour les activités plus exposées (auto, transport, BTP, médicale…), la prime grimpe vite, mais le risque est aussi autrement plus élevé.
Le bon réflexe : demander plusieurs devis et comparer à garanties équivalentes. Un tarif bas avec des exclusions partout n’est pas une bonne affaire, surtout quand votre image et vos finances sont en jeu.
RC pro, auto pro, multirisque : comment s’y retrouver ?
Beaucoup de dirigeants de SASU mélangent un peu tout. On fait le tri :
- RC professionnelle : couvre les dommages causés aux tiers dans le cadre de votre prestation ou activité professionnelle.
- Assurance auto professionnelle : couvre les dommages liés à l’usage d’un véhicule pour votre activité (déplacements pro, livraison, transport de personnes ou de marchandises).
- Multirisque professionnelle : couvre vos locaux, vos équipements, parfois votre stock, vol, incendie, dégât des eaux, et inclut souvent une RC exploitation (dommages causés dans la vie de l’entreprise, hors prestation).
Idéalement, une SASU un peu structurée combine :
- RC pro (cœur de la protection pour la prestation)
- auto pro (si vous utilisez un véhicule pour l’activité)
- multirisque (si vous avez un local, un atelier, un stock, du matériel coûteux)
Oui, ça fait plusieurs contrats. Mais un seul sinistre sérieux peut largement justifier des années de cotisations.
Les erreurs fréquentes des dirigeants de SASU
Voici ce qu’on voit trop souvent chez les créateurs de SASU :
- Penser « je suis tout seul, je ne risque pas grand-chose » : un freelance peut causer autant de dégâts qu’une PME si sa prestation est stratégique.
- Se couvrir trop tard : signer des contrats importants sans assurance, puis chercher une RC pro après l’orage… trop tard.
- Utiliser son véhicule perso pour l’activité sans le déclarer : en cas d’accident grave, l’assureur auto perso peut se désengager si l’usage pro n’est pas déclaré.
- Ne jamais mettre à jour son contrat : l’activité évolue, les risques aussi. Un coup de fil annuel à votre assureur, c’est le minimum syndical.
Comment bien préparer votre demande de devis RC pro SASU ?
Pour éviter les allers-retours et obtenir des offres vraiment adaptées, préparez :
- un descriptif clair de votre activité (ce que vous faites, pour qui, comment)
- votre chiffre d’affaires actuel et prévisionnel
- vos principaux types de clients (particuliers, pros, grands comptes, secteur public…)
- votre zone d’intervention (locale, nationale, internationale)
- vos équipements sensibles (atelier auto, matériel informatique, outillage, stock…)
- vos contrats types (certains clients imposent des garanties minimales)
Plus vous êtes précis, plus l’assureur pourra vous proposer un contrat qui colle à la réalité de votre terrain, notamment si votre activité touche à l’auto, au transport ou à la manipulation de véhicules.
RC pro en SASU : un poids ou un vrai atout business ?
On le voit souvent comme une charge, mais bien utilisée, votre RC pro peut devenir un argument commercial :
- rassurer vos prospects (« Oui, mon activité est assurée en RC pro, voici mon attestation »)
- répondre à des appels d’offres qui exigent une assurance
- montrer que vous êtes pro, structuré et conscient des risques
Dans certains secteurs (transport, automobile, bâtiment, conseil stratégique…), ne pas être assuré fait fuir les clients sérieux. À l’inverse, une RC pro bien calibrée vous ouvre des portes.
Au final, la question n’est plus vraiment : « Puis-je me permettre de payer une RC pro pour ma SASU ? » mais plutôt : « Puis-je me permettre de m’en passer si un sinistre sérieux arrive ? »
